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De l'invisible au visible

commande photographique

de l'ACAP (pôle image Picardie)

2012

Je me souviens de la naissance du projet de vouloir photographier au-delà de cette pièce obscure, cette pièce qui vit, qui s'éclaire grâce au travail d'une personne, parfois avec répétition tel Chaplin dans "Les Temps modernes",  cette même pièce qui pour moi, photographe m’évoque la Camera Obscura,  Image en mouvement / image fixe. Comme un avant / un après.  Je me souviens avoir eut une appréhension au commencement de ce projet,  de découvrir un monde inconnu, de donner à voir un monde invisible.  Ce monde qui s'agitait dans cette pièce sombre dont je ne pouvais nier la proximité avec la chambre noire de la photographie. Quelque chose que je trouvais proche de la magie. Ce monde commençait à se mettre en place au fur et à mesure de mes rencontres avec les projectionnistes, avec une pratique. Une couleur se dévoilait aussi, une teinte, mon appréhension commençait à s'estomper. Maintenant la question du portrait se posait, parce que l'enjeu était là, je devais faire le portrait d'un métier et non pas de personnes en particulier. Je devais faire face, dans un “to shoot“ permanente, cette question m'obsédait, d'être dans une histoire, voir une double histoire, celle que je vivais et celle de la photographie que j'effectuais, cette relation si particulière que je vivais avec les projectionnistes. Je me souviens de ces premières photographies faites dans cet espace sombre, photographies qui donnait à voir des morceaux de pellicules 35 mm, de plateau de montage, etc. Je testais les choses, les lieux avant d’être dans le sujet, je me souviens que c'était des photographies d'espace réduit, voir de détails, j'étais proche, où la lumière côtoyait la matière, j'étais dans le sensible.  Je me souviens quand j’ai commencé à photographier l’être humain, c’était encore une fois en détail, dans des cadrages serrés. Très vite, prendre de la distance est apparu comme une évidence, prendre du recul sur les choses, la situation, les scènes qui se jouer devant moi, les projectionnistes devenaient acteurs de leurs propres jeu, ils commençaient tour à tour à incarnaient des personnages, ils n’étaient plus simplement des projectionnistes. Je me souviens que tel devenait DJ, ouvrier du pneu, lanceur de disque, ou bien encore toréador… Au moment clé de la mutation d’une profession, d’une révolution technologique mais aussi humaine, du passage du support argentique au support numérique et de tout ce que cela modifie en termes de gestes, de matières, de métiers.  Gaël Clariana a parcouru entre octobre 2011 et février 2012, les salles de Picardie, des trois départements, à la rencontre des projectionnistes, ces hommes et ces femmes de l’ombre, pour faire leur portrait et rendre compte d’un métier, d’un univers. Gageons que s’ils quittent aujourd’hui avec regret pour nombre d’entre eux la pellicule et ses bobines, ils offriront encore aux spectateurs avec la même passion, la magie toujours renouvelée du cinéma. Ce travail sera montré sous la forme d'une exposition et de cahiers photographiques